Mardi 8 janvier 2008 2 08 /01 /2008 08:48
Chapitre 12 Ping et le Gang des petits Sumo
            Pour l’occasion, Ping avait teint sa crête en une nuance de rouge un peu plus sombre, car il ne voulait pas qu’on dise qu’il se négligeait. Comme lui et ses amis s’y attendaient, un attroupement de fans le salua à son arrivée à l’aéroport d’Osaka. Au milieu de la foule hurlante qui se pressait pour le voir de plus près, Ping remarqua une petite boule vivante aussi ronde qui ne le quittait pas des yeux et tenait à bout de bras une pancarte qui le fit pâlir de rage.
- « Ping le Panda est un imposteur… », lut-il d’une voix si haut perchée qu’elle ressemblait à un cri d’oiseau.
- « … il n’y a pas de honte à être un petit sumo! », termina Rabat-Joie, qui s’était arrêté de faire des clins d’œil aux filles et de taper des poses devant les objectifs.
            Pétale haussa les épaules.
- Ce petit garçon a envie de se faire remarquer, maugréa-t-il. Tu ne vas pas te fâcher pour si peu….
            Une musique de fanfare militaire fit soudain vibrer l’air du hall de l’aéroport, et Ping porta son poing droit sur son cœur, l’air solennel et le museau haut.
- Mon honneur est en jeu ! Je ne pourrai pas vivre une seconde de plus sans laver cet affront ! déclara-t-il, la crête flamboyante.
            Pétale poussa un soupir : quel honneur pouvait donc avoir un panda punk boudiné dans une tenue en cuir ? Et n’était-ce pas un bouquet de pousses de bambou passé en fraude qu’on voyait dépasser de son caleçon Titi & Grosminet ? Il allait d’exprimer son point de manière très modérée, lorsqu’il s’aperçut que Ping avait disparu. Au même moment, des cris retentirent dans la foule, et elle se fendit pour révéler une scène incroyable : le petit garçon se tenait fièrement debout, un pied victorieux sur sa bedaine qui ondulait encore du choc de la chute (il avait bu beaucoup de soda dans l’avion, malgré les conseils de Pétale). Les flashs crépitèrent si fort que plusieurs personnes chaussèrent des lunettes de soleil.
- C’est la fin d’un mythe ! hurlait un journaliste en direct devant une caméra nippone.
            Des enfants se mirent à pleurer.
- Dégage, vite ! souffla Rabat-Joie à Ping en faisant mine de prendre une pause comique à côté de lui.
- Je peux pas, gémit celui-ci avec une grimace. Le petit me tient !
            Toujours en jouant la comédie, Rabat-Joie s’approcha du petit garçon et voulut lui passer un bras autour des épaules, mais il se prit une telle baffe dans la figure, qu’il rejoignit Ping la seconde suivante, tout surpris.
- Vous avez l’air fin, tous les deux, railla Pétale en s’approchant à son tour.
            Il tendit le bras, et ils virent qu’il tenait une barre chocolatée.
- C’est de la bonne ? demanda le garçon, le regard soupçonneux
- Elle est presque pure, répondit Pétale. C’est du 90%, mais il l’ont coupée avec des noisettes. Relâche Ping !
- Non, donne-la d’abord !
            Pétale secoua la tête :
- Y a pas moyen.
            Le visage du petit garçon rougit d’un coup, et il tendit son bras potelé, mais il n’était pas assez long pour atteindre la barre chocolatée que Pétale mettait progressivement hors de sa portée. Soudain, il leva les poings et prit une profonde inspiration.
- Gang des Petits Sumos, à l’attaque !
            Des boulets de canons surgirent de nulle part, les uns traversant la foule comme un jeu de quilles, les autres fendant l’air comme propulsés par des catapultes invisibles. Un mouvement de panique dispersa la foule, et seuls restèrent les agents de la sécurité, qui tremblants, observaient la scène, pendant que le journaliste en direct, continuait de décrire les événements, au péril de sa vie :
- … sur le lieu de la prise d’otage de la star mondiale par le Gang des Petits Sumos, dont le chef, Chisaikuchi*, est à l’origine de la ruine de plusieurs commerçants de friandises et de confiseries dans notre ville. Le hall de l’aéroport est à présent cerné, et l’ami courageux de Ping le Panda aussi. On peut deviner à la rapidité avec laquelle la star du kung-fu chinois a été défaite, que Chisaikuchi a utilisé sa redoutable technique des « mains collantes », inspirée du winchun, mais amélioré par la présence de couches successives de graisses et de sucre sur ses doigts. Cette technique avait déjà coûté de le déjeuner d’un policier le mois dernier, qui avait vomi à la seule vue de sa paume ouverte fondant sur son visage…
- Berk ! crièrent en chœur Ping, Pétale et Rabat-Joie.
            Cet instant de distraction fut suffisant pour désarmer Pétale : un des Petits Sumos se jeta sur lui et, pendant que deux autres lui prêtaient main forte, lui arracha sa barre de chocolat. Malgré ses cris de souffrance et d’effroi, aucun agent de la sécurité n’osa intervenir, et Pétale n’était plus en mesure de bouger lorsque que les enfants se relevèrent.
- Mouais, ch’est de la bonne, admit Chisakuchi en enfournant le butin dans sa bouche.
            Puis il se pencha au-dessus de Ping d’un air furieux :
- Il ne faut pas avoir honte d’être gros et petit, et encore moins d’être un Sumo !
            Battant l’air des pattes, Ping tenta de se redresser, en vain.
- Mais je ne suis pas un sumo, protesta-t-il. Je suis un authentique panda !
            Chisaikuchi lui lança un regard las, puis le libéra.
- On va voir ça ! cria-t-il soudain.
            Ping vit ses mains couvertes d’un film verte suspecte rapprocher comme au ralenti tandis qu’il s’éloignait d’un pas. Son cri de terreur fit exploser les baies vitrées et les néons du hall. Pour son malheur, stressé par la menace imminente de ces mains criminelles, il ne put éviter Rabat-Joie, qui fuyait lui aussi en rampant.
- Non, au secours, sauvez-moi ! hurla-t-il quand Chisaikuchi le saisit comme une peluche.
            Comme il se débattait, il sentit que les mains du monstre adhéraient tant à ses poils, qu’il risquait de peler en cherchant à s’arracher de son étreinte. Résigné, dégoûté et furieux, Ping cessa de remuer et croisa les bras en tapant de la griffe avec impatience.
- Bon, ça y est, t’es convaincu ? demanda-t-il, d’un ton bougon.
- Moui, maintenant je te crois, déclara le garçon. Il faudra que tu me donnes ta recette pour sucrer tes pousses de bambous : elles sont délicieuses.
            Révolté par le sans-gêne de ce délinquant qui avait poussé l’affront jusqu’à le délester de sa petite réserve coupe-faim, Ping tempêta jusqu’à celui-ci décide de le lâcher.
- Batta** ! Apporte le pistolet à détergent sous pression et le chalumeau ! hurla-t-il.
            La plupart des témoins ne voulurent pas regarder, sauf le journaliste, bien sûr, qui eut tout de même le tact de ne pas faire de commentaire en direct. Une équipe de prise en charge psychologique fut dépêchée sur les lieux, mais ils trouvèrent Ping dans un état euphorique, car après s’être regardé dans un miroir, il trouvait amusant de se trouver deux petites ailes d’ange roses taillées au chalumeau dans son dos.
D’ailleurs, dès le lendemain, tous ses fans en avaient aussi.
 


* Chisaikuchi signifie « petite bouche » en japonais.
* * batta signifie « criquet » en japonais
Par Kim Ann Burden - Publié dans : Ping le Panda
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