Vendredi 29 mai 2009 5 29 /05 /2009 16:48

 

Lorsqu'il les rouvrit, le choc, l'émerveillement et l'étonnement le saisirent si fort qu'il vacilla.

- Tout va bien? Demanda une voix de femme près de lui.

A sa vue, il étouffa un cri de surprise. C'était une femme en sari ressemblant fortement à Persius.

- Eh bien, tu en fais, une tête, minauda la femme en lui caressant les cheveux.

D'un geste craintif, Antoine repoussa sa main, croyant à ce qu'il voyait. A nouveau, Persius lui adressa un sourire charmeur, auquel son corps de femme donna une portée plus grande encore.

- Es-tu un homme ou bien une femme? Demanda Antoine, les sourcils froncés, en s'écartant prudemment.

- Ah, ce que tu peux être borné! S'exclama Persius en arrangeant ses cheveux. Et d'un ennui mortel. Regarde plutôt ce monde qui s'offre à toi!

Ils se trouvaient sur un chemin de terre claire, cerné de chaque côté par des champs de légumes variés. Antoine n'en reconnut aucun, mais la clarté et la beauté du paysage le réjouit. Il faisait un temps magnifique, une douce brise rafraîchissante tempérait les ardeurs du soleil. Dans le ciel, pas un nuage; et au loin, on apercevait en plusieurs endroits le feuillage touffu des arbres d'un bois.

- Viens, dit Persius en lui tendant la main.

Antoine la prit volontiers, dans l'euphorie du moment, tandis que la jeune femme l'entraînait gaiement sur le chemin. Cependant, après quelques minutes de marche, il dégagea sa main avec un sourire gêné. Persius haussa les épaules.

- Le monde de Shalah ressemble beaucoup à celui des humains, expliqua Persius. Beaucoup de magiciens et de sorciers humains sont installés dans ce monde, mais il n'y a pas qu'eux. Regarde!

Du doigt, elle indiqua une masse sombre au milieu d'un champ. Cela avait l'air d'un énorme rocher, mais l'observant attentivement, Antoine vit qu'il s'agissait d'une créature trapue dotée de pattes et d'une énorme tête, qui s'ouvrit à plusieurs reprises sur presque toute sa largeur pour engloutir les oiseaux imprudents. Le doigt de Persius indiqua ensuite le ciel, et il y vit des créatures volantes, certaines hideuses avec des griffes, et d'autres de forme humaines, avec des voiles. Le bruit d'un ruissellement les poussa à se retourner : une forme incertaine de deux mètres de haut au moins avançait vers eux, entièrement fait d'eau, et transparente comme du verre. Ils s'écartèrent tous deux de son passage, mais la magie de cette chose était telle que sa force irésistible les propulsa dans le champ au milieu des plantes.

- Ferme la bouche et ne t'étonne bruyamment de rien, dit Persius en riant comme elle se redressait et époussetait sa robe. Souviens-toi qu'ici, les lois sont différentes. Et relève-toi vite, ces plantes servent à préparer des choses dont tu ne voudrais même pas entendre parler.

- Des potions et des sorts, ou des choses comme ça? Demanda Antoine, faussement léger, en s'exécutant tout de même rapidement.

Sans répondre, elle se pencha et en ramassa une qu'elle lui présenta.

- Dis un mot, le premier qui te vient à l'esprit, dit-elle. Ensuite, souffle dessus.

- Chose, dit Antoine, et il souffla.

La plante commença à s'étirer lentement, jusqu'à prendre une taille humaine. Persius la lâcha alors, et le végétal se mit à se mouvoir comme s'il avait des bras et des jambes. Les feuilles s'enroulèrent sur elles-mêmes pour faire des mains avec des doigts. Peu à peu, les formes et les couleurs se figèrent, et ils se retrouvèrent face à une nouvelle Persius.

- Cette plante représente la vraie pensée derrière un mot, expliqua Persius avec un sourire moqueur. On l'utilise dans beaucoup de sorts de vérité.

L'illusion dura quelques instants, puis la Persius représentée rétrécit jusqu'à devenir à nouveau plante, flétrie. Le marché de la Magie se trouvait dans l'enceinte forifiée de la ville de Medth, à deux kilomètres de là; ils reprirent leur marche d'un bon pas en silence. Plus ils se rapprochaient de leur but, et plus ils rencontraient de créatures diverses et de magiciens. A quelques centaines de mètres de l'entrée, une file compacte avançait lentement. Mêlé à la foule hétéroclite, Antoine n'en croyait pas ses yeux.

- Quand nous serons dans le marché, ne t'éloigne pas de et ne parle à personne, ordonna Persius. Pratiquement tout le monde ici peut deveniner en te voyant que tu ne connais rien à la magie. Tu ferais un excellent pigeon pour le premier apprenti magicien balbutiant et mouillant encore ses couches.

Antoine acquiesça distraitement et attendit avec impatience de parvenir aux portes du marché. Deux gardes massifs aux allures de chimères repéraient les pouvoirs des visiteurs et apposaient un sceau sur leur front. Antoine fut le premier à passer; le sceau, qui picotait un peu, était tiède et agréable sur le peau. Lorsque ce fut le tour de Persius, les chimères se mirent à gronder d'un air menaçant. La foule en attente recula spontanément de quelques pas.

- Quel est le problème? Demanda Persius d'un ton léger.

- Tu n'entres pas, dit l'un des gardes en faisant cliqueter ses griffes. La nature de tes pouvoirs n'apparaît pas distinctement. Nous devons contrôler quiconque pénètre dans le marché, et quiconque en ressort. Or ta forme est imperméable à notre vision magique.

Persius renfrogna la mine, puis leur adressa un sourire séducteur. Antoine le vit alors reprendre une forme masculine. L'un des gardes l'observa attentivement, puis apposa un sceau sur son front.

- Ca alors, fit Antoine lorsqu'il l'eût rejoint. Tu peux changer de forme à volonté? C'était quoi cette histoire de vision magique?

- Je t'expliquerai plus tard, dit Persius, l'air toujours contrarié.

Juste après la porte, le marché commençait avec des tentes gardées, des étalages étranges et une foule bruyante. Tandis qu'il marchait aux côtés de son compagnon de voyage androgyne, Antoine s'aperçut que chaque créature le dévisageait avec étonnement et méfiance.

- Ne t'inquiète pas de cela, dit Persius. Ils se demandent ce que fait un humain en liberté dans ce marché. Ils doivent se dire que tu as grugé les gardes, parce que ton sceau indique que tu n'as aucun pouvoir. Or, les humains sont prisés à travers les mondes.

Antoine fronça les sourcils.

- Quand tu dis “prisé”, tu veux dire quoi, exactement? Demanda-t-il.

Au moment où Persius allait répondre, un colosse à l'air menaçant se dressa devant eux et les balaya tous les deux d'une grande claque.

La suite à la prochaine connexion!

KAB

Par Kianbu - Publié dans : Gardiens des Mondes Fantasy - Communauté : Autres Mondes...
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