Contes

Jeudi 27 septembre 2007 4 27 /09 /2007 08:31

Les services secrets américains nieront toute l’affaire, mais ne vous laissez pas égarer par leur langue de bois : Taksi a bien existé, et toute l’histoire que je vais vous raconter est basée sur un récit de quatorzième main.

On l’appelait Taksi, et c’était le koala le plus entreprenant et le plus redoutable de la terre. Son talent pour la création d’entreprise et de besoin était telle que son empire financier (disons–le simplement et honnêtement) mafieux, faisait de lui le koala le plus influent du monde. Il état né de parents koalas en captivité dans un zoo japonais, avant de gagner les Etats-Unis et d’y établir son empire. Au départ, il avait donné le petit deal d’herbe sans envergure, avant de trouver un filon porteur dans l’agroalimentaire. Nul ne sait comment il réussit à s’imposer sur le marché de la noix de coco, cependant il s’y tailla une place de choix à grands coups de pattes au travers du visage de ses concurrents. 
 

C’est donc un caïd de la noix de coco qui se retrouve un jour dans sa limousine de 8 mètres de long, à entendre des voix, alors qu’il est tout seul dans l’habitacle passager.

- Mais, qui me parle ? demande-t-il, prêt à dégainer le uzi constamment caché dans son caleçon.

            Ses gardes du corps l’avaient toujours mis en garde contre cette pratique, qui était dangereuse et d’autant plus inutile que, lorsqu’il se trouvait en situation de stress extrême, Taksi faisait copieusement dans son pantalon. Cela s’était su, suite à plusieurs attentats contre sa personne, mais il faisait en sorte que personne n’ait l’audace d’évoquer le sujet en sa présence.

- Si vous voulez me tuer, sortez de votre cachette, et moi, je vous règle votre compte ! cria-t-il de sa voix cassée, dont il était plus qu’évident que l’acteur du Parrain s’était inspiré.

            A sa grande surprise, le toit de la limousine se déchira soudain dans un grand fracas, et il se sentit brusquement happé dans le vide, le souffle coupé par la violence et la vitesse de son ascension, tandis que sa conscience se perdait dans l’immensité du ciel qui l’engloutissait avidement.

            Lorsqu’il ouvrit les yeux, il fut ébloui par un halo de lumière puissant, et ils mirent plusieurs minutes à s’y adapter. C’est alors qu’il se découvrit dans une immense salle dépourvue de mobilier, à l’exception du moelleux fauteuil de dentiste dans lequel il était affalé.

- Mais que… 

            Un étrange personnage apparut soudain devant lui, comme sorti du néant. Il était d’une forme étrange et hétérogène, un peu comme un sac plein d’ordures ménagères. Sa peau semblait scintiller pourtant comme si elle avait été faite de nombreuses de pierres précieuses agglutinées les unes aux autres.

- Bienvenue, M. Taksi, dit la créature qui n’avait pourtant pas de bouche.

            Sa voix ne semblait venir de lui, et Taksi pensa aussitôt qu’il était l’objet d’une farce de très mauvais goût, sans doute avec la complicité de ses gardes du corps, à moins que les services secrets n’aient décidé de l’épater un peu.

- Bon, c’est quoi ce bordel ? grogna-t-il, en sautant sur ses pattes.

            Il s’était surestimé : ses jambes étaient encore toutes tremblantes du choc de l’enlèvement. Tandis qu’il se laissait tomber sur le fauteuil, l’étrange créature se remit à parler.

- M. Taksi, nous sommes ravis de vous avoir parmi nous, déclara-t-elle. Nous souhaitons vivement faire des affaires avec vous, car vous avez acquis une réputation formidable qui nous est parvenue jusque dans notre galaxie.

            Taksi, qui éprouvait maintenant un léger vertige suite à sa tentative manquée de tenir debout, se crut victime d’une hallucination.

- Galaxie ? répéta-t-il en fronçant les sourcils. Mais qui êtes-vous ?

            La créature soupira.

- Vous répondre précisément sur ce point serait trop compliqué et très long, et nous savons tous les deux que le temps, c’est de l’argent. Ecoutez-moi, plutôt : nous aimerions vous confier notre production de coco, afin que vous l’écouliez sur Terre. Cependant, nos noix de coco ont cette particularité: elles forment un copra d'or dur!

A ces mots, Taksi sent le démon des affaires en or le titiller. Des coco au copra d'or? Quelle aubaine!
- Je vous propose de signer tout de suite un contrat d'exclusivité, dit-il sans ambage. Vous ne regretterez pas ma distribution.
- Ts ts, fit l'extraterrestre. En échange, vous nous paierez en ordures: vous les humains êtes les plus riches en ordures de l'univers.

 Taksi se gratta le front un moment.
- Quand vous dites ordures, vous pensez à qui exactement? demanda-t-il.
L'extra terrestre parut surprit de sa question, puis l'éluda d'un geste de la main. 
- Allons, signons!
Aussitôt dit, aussitôt fait, le contrat de distribution est signé et Taksi est renvoyé sur terre avec des tonnes et des tonnes de coco au copra d'or. Il n'a pas encore posé la main dessus que la CIA et les FBI les lui confisque pour examiner cette histoire de plus près. suite au récit de Taksi, ils analysent le fruit et ne trouvent aucune trace d'or.
- Est-ce que tu nous balades, le koala?! rugit de Directeur de la Sécurité.
- Mais non, je vous jure, il disait de l'"or dur"...
A ce moment, n'y tenant plus, un officier expert en karaté fendit une noix du tranchant de sa main. Aussitôt une odeur nauséabonde se répandit dans les locaux. Une odeur si tenace et si étouffante, que le bâtiment, puis le quartier, puis la ville sont évacués. Balloté parmi les réfugiés de cette attaque biologique extraterrestre sans précédent, Taksi se console en songeant que, puisque les extraterreste allaient être payés en ordures, on pourrait éventuellement essayer de leur refourguer leur ordure à la noix...

 KAB
(soyez indulgents, c'est pour faire plaisir à un ami ;-)

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Par Kim Ann Burden - Publié dans : Contes
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Lundi 2 juin 2008 1 02 /06 /2008 12:45

Les esprits qui entendent les promesses


Alors que je rendais visite à mon père  au Bénin, je fis la connaissance de la vieille gouvernante qui gérait la maison familiale  dans la banlieue de Cotonou. Elle ne devait pas avoir plus de soixante-cinq ans, et son entrain et sa vivacité me fascinaient autant qu'elles me donnaient des inquiétudes pour sa santé.  Pour des raisons professionnelles, deux jours après mon arrivée, mon père  avait dû s'absenter une semaine entière, et je restai seule avec la gouvernante, le chauffeur et la cuisinière dans cette grande maison bâtie dans une rue tranquille.

Je ne faisais pas  grand chose de mes journées, et le temps passait bien lentement à mon goût. La chaleur, à laquelle je n'étais plus habituée, m'assommait et m'étourdissait. Comme nous nous abritions sous la terrasse du rez-de-chaussée, un jour de violent orage, la vieille gouvernante me raconta  avec un petit sourire l'histoire d'un jeune garçon qu'on avait trouvé quelques années plus tôt, l'esprit dérangé, après avoir contemplé un éclair. Pensant qu'elle me faisait là une mauvaise blague, je la taquinai, mais son visage se contracta et elle poussa un soupir las.
- Vous les jeunes, vous riez des lois de vos aînés, dit-elle en agitant un doigt menaçant. Vous ne croyez en rien et vous vous permettez d'ignorer nos mises en garde.

Son  brusque changement d'humeur m'avait prise au dépourvu, aussi je n'insistai pas. Cependant, sa réaction m'avait intriguée, et j'étais à présent curieuse d'entendre d'autres histoires imvraisemblables. J'attendis donc un peu avant de l'inviter par des allusions opportunes à m'en dire davantage. C'est ainsi qu'elle me raconta qu'un homme, dont la femme était enceinte pour sixième fois, jura qu'il la quitterait pour toujours si elle lui donnait encore une fille. Cet homme se vantait d'être descendant d'une lignée qui tenait ses promesses au prix de son sang. La femme mit au monde un enfant étrange, à la fois garçon et à la fois fille. Les amis et la famille du couple furent à la fois soulagés et inquiets, car si une opération était possible, elle ne pourrait pourtant pas avoir lieu sur place: il faudrait attendre de réunir assez d'argent pour permettre à l'enfant de bénéficier d'une opération pratiquée à l'étranger. Or, le soleil ne devait pas se coucher 7 fois , ni le coq chanter 7 fois sur une promesse non tenue, car telle étiait la loi traditionnelle tacite d'un tel serment.

Tous comptèrent les jours avec angoisse, et en entendant le septième chant du coq, se ruèrent vers la demeure de l'homme pour le voir tenir parole. Celui-ci n'avait nullement l'intention de partir, car il lui semblait évident qu'il bénéficiait d'une cirsontace atténuante, puisque l'enfant était en même temps un garçon et une fille. La plus grande partie de ceux qui avaient accouru rentrèrent chez eux en secouant la tête, et quelques curieux restèrent pour voir le soleil se coucher pour la huitième fois sur la promesse non tenue. Ce qui arriva ce soir-là était encore un mystère, mais on rapporta que l'homme était mort d'une crise cardiaque au milieu de la nuit, alors qu'il dormait près de sa femme et de son enfant.

- Les esprits avaient été témoins de sa promesse, expliqua la vieille. Et comme une promesse solennelle appelle une obligation solennelle, le jugement s'est révélé aussi dûr  que la promesse elle-même.

Tandis qu'elle parlait, je ne pouvais m'enpêcher de penser à toutes les fois où j'avais promis des choses barbares en menaçant de représailles des personnes qui m'avaient fait du mal. Cette histoire me fit froid dans le dos, bien qu'il n'y ait pour moi aucune relation de cause à effet entre la promesse et la mort du pauvre homme.

-Tu vois, c'est pour ça qu'ici, ma génération et celle de ton père ne jure ou ne promet qu'en de très exceptionnelles occasions, reprit la vieille gouvernante. Et quand nous le faisons, nous savons qu'il existe des esprits aux oreilles et à la mémoire infaillibles, capables de nous réclamer sans concession ce que nous avons promis.

KAB

 

 

Par Kim Ann Burden - Publié dans : Contes - Communauté : Autres Mondes...
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Lundi 27 octobre 2008 1 27 /10 /2008 08:42
Par Kim Ann Burden - Publié dans : Contes - Communauté : Gardiens des Mondes Fantasy
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Jeudi 30 octobre 2008 4 30 /10 /2008 21:52

L'attaque des pigeons destructeurs (disponible en version PDF)

Tout commença dans la rue Didot, un banal après-midi d'été comme les autres où les touristes et les familles en vacances erraient tranquillement dans les rues de la ville, et les clients attablés sur les terrasses des cafés savouraient des boissons fraîches et des glaces parfumées. Dans cette ambiance décontractée, à peine troublée par des klaxons incongrus, une poignée d'irréductibles stressés de la vie marchaient à grands pas nerveux sur le trottoir. Anne, la malheureuse, en faisait partie, et le souci de ne pas arriver en retard à son rendez-vous galant à Porte de vanves, la poussait à marcher plus vite.
C'était son premier rendez-vous amoureux depuis des mois: sa thèse sur l'exclusion sociale des paranoïaques lui avait pris tellement de temps et d'énergie qu'elle avait dû tout sacrifier: ses amis l'avaient progressivement oubliée, et n'ayant pas la tête à la bagatelle, elle n'avait pas particulièrement cherché à se faire remarquer par le sexe opposé. En revanche, à peine avait-elle rendu sa thèse qu'elle avait fait des avances presque embarrassantes à son tuteur, Jean-Daniel.
- Oh! Tu regardes avant de traverser, connasse?! hurla une voix hargneuse accompagnée d'un klaxon rageur.
Le pied sur le bord du trottoir, Anne sursauta et porta la main à son coeur. Il s'en était fallu de peu qu'elle se retrouve sous les roues d'une voiture en traversant la rue d'Alésia! Cependant, elle se ressaisie, déjà en proie à une autre émotion: la seule pensée de Jean-Daniel la rendait complètement indifférente au monde autour d'elle. Un cycliste arrivait tranquillement près du passage piéton, aussi attendit-elle prudemment qu'il passe. C'était une femme rousse à la peau et aux yeux pâles. Le feu allait bientôt passer au rouge, mais elle prenait tout son temps. Soudain, avec sifflement aigu, un pigeon de taille colossale apparut dans l'air au-dessus d'elle et s'écrasa brutalement sur son crâne dans un étrange craquement sourd, suivi d'un gargouillis infâme. Tandis que le corps interrompu dans son mouvement chutait banalement avec le vélo sur le bitume, la rue sembla plonger sans la stupeur. Puis une femme se mit à hurler, un vieillard s'évanouit et Anne, sentant quelques gouttes de liquide suspect couler lentement sur son visage, s'aperçut avec dégoût que du crâne, violemment perforé par le bec kamikaze, avait giclé un liquide visqueux  couleur rubis, qu'elle n'eut  aucune peine à identifier...

KAB

Par Kim Ann Burden - Publié dans : Contes - Communauté : Ecrire
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /2008 22:25

L'Attaque des Pigeons Destructeurs

 

Alors que plusieurs badauds s'approchaient pour voir cet accident inédit de près, Anne leva les yeux et scruta le ciel curieusement sombre tout à coup. Depuis quand pleuvait-il des pigeons à Paris? Elle avait bien remarqué depuis quelques mois, que les pigeons ne s'écartaient quasiment plus sur son passage, et que certains poussaient même l'audace jusqu'à lui piquer les chaussures. Mais de là à se lancer dans des opérations suicides contre des cyclistes sans casque...
- Regardez là-haut! cria soudain une voix près d'elle. C'est une attaque!
Plissant les yeux, Anne détailla  ce qu'elle avait pris pour de lourds nuages et se rendit compte que ce qu'elle venait d'entendre n'était pas une hallucination: des millers, des dizaines de milliers de pigeons semblaient soudain fondre sur le quartier, le bec en avant, comme des missiles. Sans demander son reste, elle se rua dans une boutique de chaussures en même temps que quatre autres passants et assista, bouche bée, à la première attaque de pigeons de sa vie de citadine blasée.
- Mais comment est-ce possible? criait la gérente du magasin en s'arranchant les cheveux. Ce sont els soldes, plus personne ne voudra sortir de chez soi et je ne pourrai jamais faire mon chiffre d'affaires!
Une passante tenta de la consoler, mais comme elle se lamentait, plusieurs réfugiés finirent par la menacer de la jeter dans la rue si elle ne se taisait pas. Pendant ce temps, les pigeons kamikazes qui n'avaient rencontré aucun crâne hospitalier sur la trajectoire de leur piqué, rattrapaient in extremis leur vol et reprenaient de l'alttitude. Ceux qui manquaient de rapidité ou de  jugement finissaien ten purée sur le goudron, ou empalés sur le bec de leurs congénères en cute.
- Est-ce que quelqu'un comprend ce qui se passe? demanda Anne à haute vois pour couvrir les exclamations de ses compagnons de refuge. Les Etats-Unis sont entrés en guerre contre nous ou quoi?
Un homme d'âge mur aux yeux froids et à la moustache impeccablement taillée s'approcha d'elle et mit une main sur son épaule.  Curieusement, il portait un long manteau, alors qu'il devait bien faire trente-deux degrés.
- Les Etats-Unis n'y sont pour rien, pour une fois, dit-il d'une grosse voix. Je suis Sylvain Taÿ-Danlar, spécialiste du comportement des animaux dans l'environnement urbain, et cela fait des années que je tire la sonnette d'alarme contre la prolifération des pigeons parisiens, qui mutent et deviennent de plus en plus dangereux pour l'homme. Et voilà qu'aujourd'hui, alors même qu'on vient de me retirer le financement de mes recherches, la génération mutante la plus agressive des pigeons de Paris est en train de nettoyer les trottoirs de la ville afin d'y établir son territoire.
Le choc du corps d'un pigeon maladroit ponctua lugubrement ses paroles, et Anne étouffa un cri d'effroi. comment allait-elle pouvoir retrouver Jean-Daniel si elle ne pouvait pas emprunter les trottoirs?!
- Mais ne vous inquiétez pas! dit soudain le le Pr Taÿ-Danlar en ouvrant son manteau. J'ai ce qu'il faut!
Instinctivement, Anne ferma les yeux, car on lui avait toujors dit, depuis toute petite, de se méfier des hommes qui ouvraient brusquement leur manteaux. Puis elle osa jeter un regard et s'étonna de voir le Pr Taÿ-Danlar tirer un gros calibre de son pantalon. Puis, il farfouilla dans ses poches, et se mit à  monter un fusil à lunette en un rien de temps, avant de sortir de son dos un colossal fusil à pompe.
- Nous allons nous sortir de là! rugit-il en serrant les poings.
Au même moment, un pigeon particulièrement hargneux fonça dans la vitrine du magasin, qui éclata en mille morceaux...

KAB

Par Kim Ann Burden - Publié dans : Contes - Communauté : Ecrire
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Vendredi 31 octobre 2008 5 31 /10 /2008 23:00

L'Attaque des Pigeons Destructeurs

Sans perdre une seconde, le Pr Taÿ-Danlar descendit coup sur coup tous les pigeons qui tentèrent de pénétrer dans le magasin, tandis que la gérante invitait les réfugiés à la suivre dnas l'arrière boutique.
- Non, je reste avec le Professeur, s'écria Anne comme on l'entraînait par la manche.
- Vous avez la radio sur votre portable? demanda-t-il.
Anne réfléchit: son nouveau portable épilait les poils du nez, réchauffait les tasses de café et calculait les cycles de météores, mais non, il ne faisait pas radio. Avec une moue navrée, elle secoua la tête.

- Mince, jura le Professeur. Est-ce que vous avez une mini-station satellite portable?

Avec empressement, Anne extirpa de son  petit sac à main une encore plus petite mini station satellite portable, et tandis qu'elle prenait le relais du Professeur en faisant un carton avec son Uzi d'occasion, celui-ci tenta de contacter la base scientifique de Terre-Neuve d'où toutes les catastrophes naturelles du monde étaient suivies avec attention. Il dut patiener une bonne dizaine de minutes au standard, car il s'était trompé de numéro de menu indiqué par le serveur vocal, mais finalement il put parler à quelqu'un. Lorsqu'il raccrocha, son visage pensif ne parut pas à Anne de très bonne augure.
- Alors? demanda-t-elle, inquiète. Qu'est-ce qui se passe?
Se prenant la tête dans les mains, le Professeur poussa un long soupir.
- Nous sommes finis! gémit-il. Tout Paris est en état de siège: les pigeons tiennent le trottoir et la chaussée. Comme si cela ne suffisait pas, les Etats-Unis craignent que les pigeons ne traversent l'Atlantique et ont décidé de raser la ville!
- Oh non! cria Anne. Si Les Américains rasent la ville, je ne reverrai plus jamais Jean-Daniel.
A cette pensée, l'angoisse la saisit, mais elle ne se laissa pas submerger.
- Il faut trouver une solution, dit-elle d'un ton décidé.
- Oui, mais nous allons bientôt être à cours de munitions...
- Les chaussures! cria-t-ele soudain.
Tout un rayon de la boutique offrait de magnifiques escarpins à talons aiguilles. Sans trembler malgré le geste sacrilège, elle saisit une chaussure et la lança habilement à la tête d'un pigeon menaçant.
- Bravo, je n'y aurais pas pensé, murmura le Pr Tay-Danlar.
Aussitôt, il l'imita et ils purent ainsi repousser un nième assaut des volatiles malveillants.
Soudain, des cris perçants leur parvinrent, et en jetant des regards prudents sur la rue, ils aperçurent un groupe de plusieurs dizaines de personnes faisant tournoyer des épées, des sabres et des lances. Chacun de leurs mouvements projetait de part et d'autre de la rue des giclées de sang et des morceaux de pigeons nettement tranchés.
- Ô miracle! s'écria le Professeur en leur faisant signe. Ce sont les maîtres d'armes des écoles d'arts martiaux qui combattent cette vermine ailée! Il pleut des boyaux de pigeons! Nous devons les soutenir.
Joignant le geste à la parole, il sortit de la boutique sous une rafale de pistolet mitrailleur. Anne le suivit courageusement, scrutant le groupe infatigable qui se frayait un chemin dans un tourbillon de plumes ensanglantées. Soudain, son coeur bondit dans sa poitrine, et elle se mit à courir vers eux.
- Jean-Daniel! appela-t-elle.
Un des sabreurs se tourna vers elle et lui sourit.
- Anne!
Ils se jetèrent l'un dans les bras de l'autre et s'embrassèrent tendrement, tandis que les cadavres de pigeons pleuvaient autour d'eux.
- Je croyais que je ne te reverrais plus, soupira Anne.
- Moi aussi, j'ai eu peur, avoua Jean-Daniel tranchant vivement un volatile à la volée.
Tous deux gonflés d'une nouvelle force, ils se jetèrent à nouveau à corps perdu dans la bataille.

KAB

Par Kim Ann Burden - Publié dans : Contes - Communauté : Ecrire
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Samedi 7 mars 2009 6 07 /03 /2009 21:01

  Disponible en PDF

Une amie musicienne m'a rapporté il y a quelques jours cette histoire assez invraisemblable, qu'elle dit tenir d'une amie dont le frère avait un cousin très proche d'une camarade de classe de la meilleure amie de... Bon, qu'importe les sources! Voici l'histoire.

Il y a quelques années, une jeune étudiante avait passé ses vacances aux Etats-Unis et était revenue avec un vieil harmonica qu'elle avait acheté en touriste dans une rue animée de la Nouvelle-Orléans. N'étant pas musicienne, il ne s'agissait pour elle que d'acheter  un souvenir original  qu'elle pourrait placer sur la commode de son appartement et regarder en se rappelant la splendeur brute de la ville qu'elle avait visitée. Ainsi, une fois acheté, l'harmonica avait rejoint  le reste des bibelots et autres babioles dans ses valises.
Les vacances terminées, l'étudiante était rentrée chez elle et avait posé avec satisfaction le vieil instrument sur sa commode à l'entrée de son appartement, comme prévu. Au bout d'une semaine, elle oublia purement et simplement sa présence, et seuls ses visiteurs, qui s'étonnaient de voir chez elle cet instrument,  exprimaient à son sujet leur respect et leur fascination, sans jamais oser le toucher.
Plusieurs mois après son retour, un soir où elle rentrait tard après une longue soirée entre amis, l'étudiante, qui vivait seule, alluma la télévision et tomba sur la retransmission d'un concert de blues, d'un groupe dont elle n'avait jamais entendu parler. Parmi les musiciens, il y avait un harmoniciste dont le jeu passionné lui parut moins enthousiasmant que ses traits réguliers, ses yeux sombres et sa bouche sensuelle. Le coeur battant, le souffle court, elle regarda le programme jusqu'au bout, releva le nom du musicien, et se promit de rechercher sur Internet toutes les informations qu'elle pourrait trouver sur lui.
Elle s'y mit dès le lendemain, mais sa recherche fiévreuse ne donna rien. S'inscrivant sur des forums spécialisés, elle posta des questions au sujet de ce mystérieux harmoniciste, qui restèrent sans réponse. Pendant des jours, elle se dit qu'il ne s'agissait qu'une question de méthode, et chaque fois qu'elle perdait patience, elle décidait de renoncer, pour recommencer sa recherche le lendemain même, avec encore plus de frénésie. Cependant, au bout de deux mois, elle fut forcée de constater que tous ses efforts avaient été en vain: le groupe existait bien, mais l'harmoniciste qu'elle avait vu à l'écran semblait n'avoir jamais existé. Déçue, elle renonça pour de bon à le retrouver, mais les mélodies de son jeu lui trottaient toujours dans la tête et lui rappelaient son visage, ses mains et son regard mystérieux.
C'est à cette période qu'elle se mit à entendre des sifflements et des trémolos, en pleine nuit, dans son appartement. Elle crut tout d'abord qu'il s'agissait du vent, ou bien de la télévision chez les voisins, mais elle reconnaissait les airs comme ceux qu'elle fredonnait elle-même à longueur de journée! Elle se souvint alors du vieil harmonica posé sur la commode, à l'entrée. Lorsqu'elle le prit dans sa main, la musique changea d'octave et se fit plus grave et plus lente. Un reflet de lune faisait briller l'instrument. Il était chaud et palpitait comme un être vivant. Fascinée, elle le porta à ses lèvres et souffla doucement. Aucun son ne sortit. Cependant, l'instrument contre ses lèvres lui rappela l'harmoniciste mystérieux, alors elle ferma les yeux et souffla avec plus de conviction. En même temps qu'un son clair  se répandait dans la nuit, la silhouette qu'elle chérissait tant apparut devant ses yeux, mais dès qu'il eut cessé de résonner, elle disparut. Aussitôt, la jeune femme souffla à nouveau dans l'instrument, et l'harmoniciste fantôme réapparut. Puis il disparut à nouveau devant ses yeux. Dans une agitation fébrile, la jeune femme se mit à souffler dans l'instrument au hasard, cherchant le moyen de faire rester l'apparition. Dasn sa précipitation, alors qu'elle reprenait son souffle, elle aspira une note et l'instrument sonna différemment. L'apparition lui fit signe avant de disparaître à nouveau. Eperdue d'amour, la jeune femme aspira à nouveau une note, mais la frustration et la précipitation crispèrent sa mâchoire. Un son encore nouveau résonna dans la nuit, tel une plainte douloureuse. L'esprit reparut, il souriait.
- Alors, tu as fini par me trouver, dit-il d'une voix douce qui semblait venir d'un songe.
Tout en goûtant au bonheur de le revoir, la jeune femme se demandait comment un tel prodige était possible dans la réalité, et si elle n'était pas simplement en train de rêver. Le musicien fantôme répondit à sa question avant même qu'elle ne l'eût formulée.
- Du moment où j'ai commencé à en jouer, cet harmonica est devenu toute ma vie, expliqua-t-il. J'étais un tel salaud que ceux qui me connaissaient n'arrêtaient pas de dire que j'y avais mis mon âme.  A l'époque, je n'avais rien, et ma famille ne voulait plus entendre parler de moi parce que je me conduisais en parfait égoïste. J'ai dormi dans la rue, mendié et fait des trucs pas très honnêtes pour survivre. Mais jamais je neme suis séparé de mon harmonica, car je le considérais comme ma raison de vivre. Et puis un jour que je jouais dehors, un homme est venu avec une valise pleine de billets, il m'a dit que je deviendrais riche et que je ne manquerais plus de rien. Tout ce qu'il voulait en échange, c'était que je lui vende mon instrument. J'y ai réfléchi pendant plusieurs jours. Ca me perturbait tellement que je commençais à jouer mal et à ne plus faire qu'un avec ma musique. Alors je me suis décidé et j'ai vendu l'harmonica. L'homme m'a donné la valise de billets, et j'ai couru à la banque. Mais il y a eu subitement un terrible incendie, et j'ai été le seul à ne pas m'en sortir.
En parlant, le fantôme s'était rapproché.
- J'avais mis mon âme dans cet instrument, puis je l'avais vendu au Diable sans le savoir, résuma-t-il. Il est trop tard pour changer le passé, mais j'ai encore envie de vivre, alors si tu veux bien de ma compagnie, je t'en prie, joue.
A la fois émue et abasourdie par ce qu'elle venait d'entendre, la jeune femme porta l'instrument à sa bouche. L'esprit l'imita, sans rien dans les mains, et se mit à jouer dans le vide. Curieusement, la jeune femme se sentie guidée, et bientôt, une douce complainte s'éleva dans la nuit. L'esprit se rapprocha pas à pas d'elle, et lorsque la mélodie se termina, il l'enveloppa de ses bras avant de disparaître en elle.
Depuis cette soirée, cette jeune femme est une prodige de l'harmonica, une égale d'Annie Raines. Mais ceux qui connaissent son histoire savent que, chaque fois qu'elle souffle dans l'harmonica du diable, elle joue pour deux.

KAB

Par Kim Ann Burden - Publié dans : Contes - Communauté : Gardiens des Mondes Fantasy
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